«Une disparition», par Daniel Bernard.
Editions Favre.

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LECTURES - Vient de paraître

Un polar au pays du Soleil levant

22 Fév 2023 | Le coin lecture

Rédacteur en chef de France Loisirs en Suisse, Daniel Bernard signe avec «Une disparition» une enquête originale, écrite avec délicatesse par un amoureux et fin connaisseur du Japon, où il se rend régulièrement.

Daniel Bernard a choisi le Japon, pays qu’il aime depuis toujours et où son fils habite depuis quinze ans, pour son vingt-troisième livre, un polar qui renoue avec les sources mêmes du genre pour ce fan de Gaston Leroux et de Maurice Leblanc. «Classiquement, dans un roman policier, on a deux choix: le lecteur sait dès le début qui a fait le coup et suit l’enquête qui va mener au coupable, ou il ne sait rien et il avance en même temps que le héros», souligne l’auteur. Et ici? Ici, le lecteur sait tout, mais en même temps ne sait rien.
Qui est Natsumi, cette jeune femme mystérieuse qui vient de s’évaporer dans la nature juste après avoir réussi brillamment son diplôme de conductrice de Shinkansen, le train à grande vitesse nippon? Et qui est Tatsuya, son compagnon, un jeune horloger à la personnalité assez fade, qui alerte la police? L’enquête est confiée à Akira, policier déjà expérimenté, qui commence – bien évidemment – par soupçonner le copain de Natsumi. Pour compliquer la situation, Daniel Bernard a ajouté une mort violente par arme à feu, un fait très rare au Japon.
A partir de là, Daniel Bernard tisse une intrigue tout en subtilité, en demi-teintes et aux accents presque poétiques.

Daniel Bernard.

Cent mille disparitions par an

Pour «Une disparition», l’auteur s’est inspiré d’un phénomène de société typiquement japonais, celui des «johatsu», les «évaporés». «Chaque année, plusieurs milliers de personnes disparaissent au Japon de manière tout à fait légale, simplement parce qu’elles l’ont décidé, explique Daniel Bernard. On peut même faire appel aux yakuzas qui, contre paiement, s’occupent de tout en quelques heures. La personne s’évapore littéralement. Les raisons sont très diverses, elles peuvent être économiques, liées au stress au travail, à l’envie de changer de vie…». Un sentiment que l’auteur a lui-même éprouvé. «Il y a quelques années, je faisais régulièrement la navette pour le travail entre Genève et Zurich. Je vivais une période difficile dans ma vie privée et en attendant l’avion pour Genève, un vendredi soir, j’ai vraiment eu envie de prendre celui en partance pour Dublin, de changer d’identité! En fait, les gens, leurs destins, sont le vrai sujet du livre».
La notion de hazukashii, la honte, est aussi un élément important, qui s’inscrit en filigrane tout au long de l’enquête. L’histoire se déroule lentement avec une précision, des détails et des dialogues qui sonnent juste. Quant aux personnages, ils ont tous, à l’exception de Tatsuya, quelque chose d’indéfinissable et de déroutant. L’auteur entretient volontairement le flou sur la santé mentale de Natsumi, obligeant le lecteur à trancher lui-même la question. Et Akira? Son intérêt pour la jeune évaporée ne dépasse-t-il pas largement le cadre normal d’une enquête? Pourquoi s’obstine-t-il à chercher Natsumi?
A chaque fois, le lecteur est subtilement bousculé dans ce qu’il croyait avoir acquis de convictions, jusqu’au dénouement.

 

Virginia Aubert