Thomas Büchi, devant sa dernière réalisation, une passerelle en bois qui enjambe la Borgne, près de Bramois/VS.

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En Valais

Thomas Büchi, un pont plus loin

4 Mai 2022 | Articles de Une

Une passerelle en bois, très fine et élégante, qui enjambe une petite rivière, la Borgne, dans un paysage de forêt et de douceur sur le territoire de la commune de Sion, à Bramois, porte du Val d’Hérens en Valais. C’est la dernière réalisation de Thomas Büchi, le célèbre ingénieur bois, fondateur et patron de Charpente Concept SA, à Perly/GE.

Une passerelle qui respire l’harmonie et constitue aussi un exemple parfait de développement durable, toute sa conception et sa fabrication ayant été guidées par le choix des matériaux naturels et le strict respect des circuits courts.
Amoureux fou du bois qu’il a fait redécouvrir et remis à la mode, en Suisse romande et en France, et même très au-delà, créateur du fameux Palais de l’équilibre de l’Expo.02 et du Refuge du Goûter, dans le massif du Mont-Blanc, Thomas Büchi a inauguré, il y a quelques jours une nouvelle réalisation qui porte sa griffe et semble proclamer loin à la ronde ses engagements humanistes, lui qui devient peu à peu le «conférencier du Nombre d’Or», qui régit nos existences et le monde alentour.

Défier le temps

«Nous avons réalisé le levage et la pose de la passerelle, explique-t-il. C’est une opération très délicate, qui exige beaucoup de rigueur et de prudence. Nous avons fait venir une grue de 50 tonnes; il n’en existe que deux en Suisse, et tout s’est passé parfaitement! La passerelle fait 27 mètres de long et quatre mètres de large. Elle est destinée aux piétons et aux cyclistes, mais aussi aux cavaliers ou aux véhicules de service. Elle répond à un réel besoin, celui de faciliter la vie des gens. Elle contient aussi des tuyaux pour le chauffage à distance, qui sont complètement cachés dans des caissons à la base de la structure. Il faut encore réaliser divers travaux avant l’inauguration officielle, qui aura lieu cet été».
Particularité de la passerelle, elle sera recouverte d’un toit en plexiglas, totalement transparent, qui lui donnera à la fois un charme supplémentaire et une résistance incomparable. Il y aura dix fois moins de frais d’entretien et une durée de vie qui défiera le temps. «Pourquoi le pont de Lucerne ou d’autres ponts en Suisse étaient-ils recouverts d’un toit?», demande Thomas Büchi. «Parce qu’un toit renforce la solidité du pont, il le protège contre toutes les intempéries, la pluie, la tempête, le froid. On admire encore à Wangen an der Aare, au nord de Berne, un pont intact qui a été construit voilà quatre siècles!».

Pose de la passerelle.
Une grue de 50 tonnes.

Lien entre deux mondes

Thomas Büchi a déjà construit plusieurs ponts, en France, et il a chaque fois ressenti beaucoup d’émotion. Car un pont, comme chacun sait, est destiné à relier les gens. «Il y a un signe qui ne trompe pas, explique-t-il. Pendant les guerres, on détruit les ponts, et pendant les périodes de paix, on en construit. C’est toujours un symbole fort».
Cette passerelle sur la rivière la Borgne représente aussi pour lui un petit moment à part dans un parcours personnel où création et spiritualité se mêlent étroitement, indissolublement. Né à Hermance, dans le canton de Genève, il a fondé son entreprise, Charpente Concept, établie depuis vingt ans à Plan-les-Ouates, puis à Perly, tout en construisant sa maison (en bois évidemment) dans le village de Chancy.
Et il n’a cessé, au fil du temps, de développer sa sensibilité au monde qui nous entoure, visible et invisible, à travers ses lectures, ses méditations, ses recherches. Il a déménagé il y a une année à Nax, en Valais, où il a bâti sa maison en respectant toutes les règles de la tradition, à commencer bien entendu par le Nombre d’Or (voir le Journal de l’Immobilier No 3, du 6 octobre 2021, disponible sur www.jim.media). Spécialiste des cathédrales, mais aussi de toute l’épopée des compagnons, Thomas Büchi a reconstruit, chez lui, un monde initiatique. Sa passerelle de Bramois ne relie-t-elle pas ses deux mondes, celui du constructeur et celui du chercheur? N’exprime-t-elle pas son rêve d’harmonie avec la nature? Son rêve de fusion entre l’eau, la terre et le ciel?

La passerelle en circuits courts

La passerelle sur la Borgne, c’est donc une aventure très locale, une sorte d’entre-soi joyeux et fraternel. L’architecte vient de Nax, on l’a dit. Le bois? C’est du mélèze et il a été coupé entre Hérémence et Saint-Maurice. Le bois a été préparé dans une scierie près de Sion, avant être posé juste à côté, à Bramois. Une petite promenade donc, qui a dû représenter tout au plus, en comptant largement, 30 ou 40 kilomètres! «Il y a un immense savoir-faire local, s’exclame Thomas Büchi. Il faut juste qu’on apprenne à se faire confiance!».

 

Robert Habel

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