Anselm Kiefer en train de peindre une des toiles exposées au Palazzo Ducale de Venise.

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Publiée par SPG-Rytz

«L’information Immobilière» refait le monde

6 Juil 2022 | Articles de Une

Avec l’été qui arrive, c’est aussi la nouvelle édition de la revue trimestrielle «L’Information Immobilière» qui vient de paraître. Il y a de quoi lire, s’émerveiller, réfléchir, rêver, s’indigner, bref de quoi passer par tous les plaisirs et par toutes les émotions au fil des 200 pages qui parlent aussi bien d’art et d’architecture que de politique et d’histoire.

Bien sûr il y a le métavers, cette nouvelle et puissante réalité avec laquelle il va bien falloir apprendre à vivre pendant les décennies qui viennent. Bien sûr il y a les prouesses, les étrangetés, les surprises, les avancées du métavers, et «L’Information Immobilière» lui réserve une place de choix, c’est-à-dire un dossier très riche, très rigoureux et complet, dans sa nouvelle édition, celle des longues lectures et des méditations apaisées et tranquilles sur les terrasses ou sur les plages. Le métavers c’est quoi? Le métavers pourquoi? Le métavers comment? Toutes les réponses sont là, y compris celles qui demeurent obscures, car elles sont encore tapies dans un futur impénétrable. Le métavers intéresse, questionne, inquiète aussi parfois, mais serait-il vraiment toute la réalité de ces prochaines semaines? Le monde d’autrefois, comme disait Stefan Zweig, c’est-à-dire le monde d’aujourd’hui pour nous tous, n’aurait-il vraiment plus aucune voix au chapitre?
L’intérêt de «L’Information Immobilière», éditée par le groupe SPG-Rytz depuis plus de trente ans, c’est de parler de tout et de rien, c’est-à-dire de tout ce qui fait l’air du temps et même de tout ce qui faisait il y a peu l’air du temps et qui s’est cristallisé aujourd’hui dans l’architecture, dans le design, dans la sensibilité artistique et historique. Autant dire que si le métavers est devenu désormais «l’horizon indépassable de notre temps», comme disait Jean-Paul Sartre du communisme il y a un demi-siècle, il ne bouche pas complètement l’horizon, il n’interdit pas d’autres curiosités, d’autres intérêts.

La victoire posthume
(et la défaite) de Narcisse

Ancien ministre de l’Education nationale en France et surtout philosophe et écrivain, Luc Ferry, conservateur décomplexé, propose une longue tribune qui parle librement de thèmes très actuels et assez inconfortables: la tradition, la transmission, le sens des valeurs, le poids du passé, l’incertitude du futur… Comment réussir à vivre ou même à survivre dans une époque qui ne parle que de déconstruction dans tous les domaines? Luc Ferry remarque que les deux grandes religions qui ont structuré la société française pendant des décennies, le christianisme et le communisme, ont laissé la place à une sorte de flou qui tourne dans le vide et en rond: «La mise en avant de l’ego à toutes les sauces est devenue l’alpha et l’oméga de l’éthique moderniste s’étalant sur les réseaux sociaux». Autant dire que le monde actuel est à ses yeux celui de «la victoire posthume de Narcisse» et qu’il n’aboutira strictement à rien tant qu’il ne s’ouvrira pas à l’autre et à la générosité.

La Swisshouse XXXV, une habitation tout en mélèze construite par l’architecte Davide Macullo dans le val Calanca.

Démocratie et autoritarisme

Autre sujet au menu de «L’Information Immobilière», la nature de ces régimes politiques qui semblent hésiter et osciller sans cesse entre démocratie et autoritarisme. Qu’est-ce qu’une démocratie? Qu’est-ce qu’un régime autoritaire? Professeur de criminologie, spécialiste des questions de sécurité et de terrorisme, conseiller de plusieurs responsables politiques en France, auteur de nombreux ouvrages et par ailleurs ancien grand maître du Grand Orient de France, Alain Bauer est un interlocuteur prestigieux qui délivre un message rigoureux, dépassant la distinction un peu courte entre gentils et méchants. «Tous les pays tentent d’obtenir une influence déterminante dans le monde, explique-t-il. Les empires encore plus que les autres. L’empire américain défend ses intérêts (souvent ceux de l’Occident, mais pas toujours). Il défend l’Europe, mais n’aime guère l’Union européenne. Il ne veut pas voir la Russie revenir au sommet, mais craint surtout la Chine».
L’architecte tessinois Davide Macullo, qui a sauvé de l’abandon le val Calanca, dans les Grisons italophones; la costumière Jeanne Vicérail, qui réalise des sculptures spectaculaires à la frontière de l’art et de la mode; le tapissier-décorateur lausannois Vladimir Boson, qui cultive un savoir-faire original; le grand peintre allemand Anselm Kiefer, qui édifie, dans son atelier près de Paris, une œuvre forte et très personnelle autour du thème de la guerre… Et puis, évidemment, nombre d’offres de résidences à louer ou à acheter, voilà le menu de ce magazine qui, depuis plusieurs décennies, démontre que la presse immobilière peut être passionnante quand elle est dirigée et rédigée par des gens cultivés.

 

Robert Habel