La Famille royale belge s’installe entre le 3 octobre 1945 et le 22 juillet 1950 à Genève,
à la Villa du Reposoir à Pregny,

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histoire - Ami de Genève

Le Roi Baudoin, trente-deux ans après

26 Mar 2025 | Culture, histoire, philosophie

Il y aura bientôt 32 ans, le 31 juillet 1993, le Roi des Belges Baudoin 1er mourait à Motril en Espagne, victime d’une crise cardiaque. A l’époque, l’émotion fut considérable en Belgique comme dans le monde. De nombreux liens unissent la Suisse et particulièrement Genève à la dynastie belge.

Baudouin voit le jour le 7 septembre 1930. Il est le fils du roi Léopold III et de la reine Astrid. Il aura – hélas! – une jeunesse mouvementée et triste. D’abord, avec le décès accidentel en 1935, sur la route de Küssnacht, dans le canton de Schwytz, de sa maman. Cette perte, premier point de rattachement avec la Suisse, a été douloureusement ressentie par Baudoin. Durant les années d’occupation de la Belgique par les Allemands, Baudoin est prisonnier au château de Laeken, puis déporté en Allemagne dans une sinistre forteresse avant d’être libéré, avec toute sa famille, par les Américains. Comme son père, le Roi Léopold, sa sœur Joséphine Charlotte et son frère Albert, le jeune homme est ensuite forcé à l’exil en Suisse lors de la «question royale», le gouvernement belge et une partie de l’opinion publique reprochant à Léopold III d’être resté en Belgique et de n’avoir pas rejoint le gouvernement en exil à Londres, ainsi que d’avoir eu une attitude complaisante avec les occupants. Le mariage du Roi avec Liliane Baels, intervenu durant la guerre, lui est aussi reproché.

Un exil de deux ans à Pregny/GE

C’est alors que la Famille royale belge s’installe entre le 3 octobre 1945 et le 22 juillet 1950 à Genève, plus précisément à la Villa du Reposoir à Pregny, qu’on appelle aussi le château du Reposoir, propriété de la famille Pictet depuis plus de deux siècles. Le prince Baudoin va fréquenter durant cette période le collège Calvin, rue Théodore-de-Bèze, où il sera un élève moyen, plutôt intéressé, selon les témoignages de ses camarades, par l’histoire et la géographie, et connaissant des difficultés dans les autres branches, notamment scientifiques. Très discret le jeune prince ne se confie à personne et vit une scolarité assez terne. Ses camarades le surnomment Baudruche, mais tous louent sa simplicité et sa gentillesse. En automne 1947, le roi Léopold décida de placer son plus jeune fils Albert, âgé alors de 13 ans, comme interne au collège St-Michel à Fribourg. Le prince, futur Roi Albert II, y resta seulement quelques mois, jusqu’à la Noël 1947. Selon ses professeurs de l’époque, il ne bénéficia, lui non plus, d’aucun privilège.

1989: le Roi Baudouin et la Reine Fabiola en visite à Küssnacht am Rigi sur les lieux mêmes où la Reine Astrid avait péri.

Le retour en Belgique

Finalement, une consultation populaire décide du retour du Roi au pays. Celle-ci lui donne 57% de voix favorables, mais avec une très grande disparité entre la Flandre et la Wallonie. Face au risque de guerre civile, Léopold III décide d’abdiquer en faveur de son fils qui, en 1950, alors qu’il n’est pas encore majeur, prête serment comme prince royal avant, un an plus tard, de le faire comme roi, prenant le nom de Baudoin 1er.
Le long règne du Roi Baudoin est marqué par la décolonisation des pays africains sous autorité belge, notamment le Congo, le souci permanent du souverain de maintenir la fragile unité de la Belgique, déchirée entre ses diverses communautés linguistiques et séparée en régions autonomes, et par la foi catholique du Roi, partagé avec son épouse Fabiola. Le souverain se déclare pendant quelques heures en 1990 en indisponibilité – une abdication provisoire – pour ne pas être contraint de signer la loi dépénalisant l’avortement. En octobre 1989, le Roi Baudoin accomplira une visite d’Etat en Suisse, à l’invitation du Conseil fédéral. Il se rendra notamment à Küssnacht am Rigi, sur les lieux mêmes où sa mère la Reine Astrid avait péri et où s’élève depuis un modeste mémorial sous la forme d’une chapelle et d’une croix marquant le lieu exact où la Reine est décédée. Les rois Albert II et Philippe 1er accompliront aussi ce triste pèlerinage.
Dans la préface du livre du Cardinal Léon-Joseph Suenens «Le Roi Baudoin, l’héritage d’une vie», qui vient de reparaître dans une édition augmentée, le Prince Nicolas de Liechtenstein, neveu du Roi Baudoin et qui fut ambassadeur du Liechtenstein en Suisse de 1989 à 1996, a écrit: «Baudouin 1er, Roi des Belges, fut un serviteur, aimé de sa famille et de son peuple, respecté bien au-delà des frontières de son royaume. Ses funérailles en furent un beau témoignage: des centaines de milliers de Belges tenaient à lui dire adieu. La reine Elisabeth d’Angleterre et l’empereur du Japon assistèrent pour la première fois à une telle cérémonie dédiée à un chef d’Etat étranger, avec beaucoup d’autres hauts représentants venus du monde entier».

 

Laurent PASSER

Le Roi Baudoin, l’héritage d’une vie, Cardinal Léon-Joseph Suenens, Mame 2023.
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