Jeu de mots par lapsus: égalité genre ou sociale?

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Carrière et formation

Le jeu de mots: seul savoir sérieux?

27 Avr 2022 | Carrière et formation

«Journal de l’immobilier», certes, mais une fois par mois, «Spécial formation» sans frontière. Et à chaque fois en triant les cent nouvelles du mois, le même souci: «l’intérêt public» de l’éducation… au sens de «bon pour le public»… et au sens de «aimé du public»… font-ils bon ménage… et en général, «l’intérêt» peut-il être «objectif»? On va voir que ce ne sont pas là que des jeux de mots abstraits.

«Les PME suisses misent sur la formation continue en période de pénurie de main-d’œuvre»… «L’EPFL inaugure un bâtiment destiné à l’apprentissage par projet»… «Outils et modèle pour la conception collaborative de ressources numériques éducatives»… «Racisme à l’école et au travail: quels sont les enjeux actuels et les réponses apportées?»… «Unité de (…) recherche en éducation médicale: présentation d’un projet de mention pédagogique»… «La massification de l’enseignement supérieur: perspective globale et locale»… «Politico: Salon européen des études et carrières» et (à Dubaï) «Qudwa-Pisa global competence forum»… «Les parcours après le degré secondaire II et l’insertion sur le marché du travail»… «The goal of true education, now and in the future»… «La transformation numérique des univers de formation»… «Developing training on responsible conduct in research»… «Journée internationale de l’éducation» (à ne pas confondre avec celles «des enseignants»)… «L’université Goubkine, réservoir de cadres pour le secteur pétrolier et gazier»… autant de titres de colloques, de publications, de communiqués… parmi des milliers: la «société de la connaissance » ne laisse personne souffler. D’ailleurs, tout ne se joue pas dans la salle de cours, même celle en ligne… bien que «The hard truth about soft skills» flirte avec les modes. Le livre, le musée, le cinéma… sont à leur tour édifiants: «Quand une sculpture vaut mille mots», titre une revue des Nations Unies; tandis qu’un blog crie «Beware of books» trop dans la ligne. Et comme la société moderne a gommé la frontière entre travail et savoir, on en oublie presque l’éducation des enfants. «Qu’est-ce qui rend l’enfant agressif?», se demande une revue de sciences humaines, à quoi des chercheurs de l’Université de Zurich répondent «les crèches»… danger public déjà signalé par des études américaines au siècle dernier. Que tirer de ce kaléidoscope?

Le contraire de la distinction, est-ce la confusion?

Il y a peu, chez des amis – prochaine votation oblige –, la conversation a bifurqué soudain vers les questions scolaires. «L’école au service de l’égalité des chances? Je n’y crois plus: tout se décide avant six ans!»: cette opinion a pour elle le titre d’un livre qui fit grand bruit en son temps, mais choque encore les rêves de justice des savants. Hélas! l’école dès deux ans ne vaut pas mieux; on vient de voir que les crèches minaient l’unité qu’elles disent servir: croire que tout problème ait une solution étatique est porteur d’illusions. Aussi – à ladite soirée entre amis – une autre opinion s’affirma: «Non… si l’école est en échec chez nous, c’est qu’on a laissé tomber la classe au profit d’études à la carte». Vrai ou faux, l’énoncé… en tout cas, cet autre angle de vue pose la question du groupe, du «vivre-ensemble»… qui semble donc en conflit avec le savoir et le succès. Mais ce serait un livre de plus sur un sujet qui en a déjà produit pas mal. Faute d’accord, un troisième point de vue – ou plutôt, un triste constat – s’imposa: «Curieux… aux enquêtes Pisa, les deux pays phares ont des écoles de type opposé: la Corée et la Finlande». Plus gênant pour les amis autour de la table – voire explosif pour la pédagogie – on note que «le seul point commun entre ces deux pays, c’est l’homogénéité ethnique». Un collègue auquel j’exposais ce paradoxe (qui pourrait faire le jeu des xénophobes) a trouvé à cette histoire un «happy end»: «S’il n’y a pas d’autre marqueur, seule une bonne note fait la distinction». C’est – sous le même terme de «distinction» – l’inversion des notions qui ont cours au Département de l’instruction publique, au Service de recherche en éducation, à la Faculté de psychologie et des sciences de l’éducation. Se distinguer par son héritage conforte les privilèges, mais le faire par défi stimule les démunis.

L’école est-elle en retard d’une guerre?

Questions élémentaires au début… catalogue désordonné par la suite… comment mettre les unes dans l’autre pour faire face aux dangers du temps: avons-nous encore des valeurs – de cœur et d’esprit – à opposer au monde de violence et de mensonge qui relève la tête? Pas dans le catalogue d’érudition qu’on a vu défiler plus haut, ni même ces dernières années. Le philosophe dit que les mots sont autant de pièges: on l’a bien vu à un récent salon sur le climat, où deux tables rondes ont opposé «l’éthique» et «l’honnêteté». A méditer d’ici le prochain numéro, sinon d’ici la prochaine guerre?

Boris Engelson

POUR EN SAVOIR PLUS

Outre les classiques unesco.org et oecd.org, un récent forum onusien (sdg4education2030.org/youth-forum-19-and-20-april-2022) fournit à lui seul – par sa cinquantaine de «side events» – tous les mots clefs (ou les clichés?) de l’éducation… aux prises avec la pandémie, la pauvreté, l’égalité, la créativité, le climat… surtout complété de genevayouthcall.com. Pour certaines références du présent article, voir aussi jacobscenter.unizh.ch, climateshow.ch et persuasion.community.