LES FEMMES DANS L’IMMOBILIER - Liengme Mechkat architectes sàrl
Vers une architecture responsable, solidaire et participative!
Alliant expertise et vision, le bureau carougeois Liengme Mechkat architectes maîtrise l’ensemble des étapes d’un projet, de la conception à la réalisation, en passant par la planification urbaine. Fidèle à une approche fondée sur l’intérêt collectif, son équipe intègre des valeurs fortes de responsabilité sociale et environnementale. Au cœur de la démarche: une architecture pensée pour les usagers, privilégiant des espaces collectifs propices au lien social et encourageant une réflexion à long terme sur l’impact écologique des constructions. Son engagement? Concevoir des bâtiments durables et sains, tout en incitant les maîtres d’ouvrage à investir dans des solutions respectueuses de l’environnement. Entretien avec les architectes associées du bureau, Daniela Liengme et Laura Mechkat.
– Pourquoi vous êtes-vous réunies pour fonder l’agence Liengme Mechkat architectes sàrl?
– Nous nous sommes rencontrées au début des années 90, lors de nos études d’architecture à Genève et avons rapidement noué une solide amitié. Notre travail de diplôme portait sur l’évolution du logement. Comment concevoir des typologies permettant d’adapter l’habitat aux nouveaux modes de vie? Cette réflexion demeure au cœur de tous nos projets. Chacune de nous s’est ensuite forgé son expérience au sein de bureaux d’architectes de renom. En 2003, Daniela crée sa propre structure. En 2017, Laura la rejoint et s’associe. Cette association s’est imposée naturellement, puisque nous travaillions déjà ensemble sur des concours d’architecture et en avions remporté trois, en l’espace de quelques années.
– Quelles réponses apportez-vous aux enjeux actuels?
– Nous recherchons des solutions spatiales et constructives économes en moyens, en matériaux et en énergie. Les coopératives d’habitation sont souvent pionnières dans ces domaines. La question du réemploi est également au cœur de notre démarche, comme en témoigne notre travail sur le projet de la Collective à Plainpalais. Par ailleurs, nous accordons une grande attention aux ambiances et à la praticité de nos propositions, car nous sommes persuadées que la qualité des espaces contribuent largement au bien-être des utilisateurs-trices.
– Quels projets recherchez-vous en particulier?
– Nous affectionnons les projets d’intérêt collectif tels que logements sociaux, coopératives d’habitation, aménagement du territoire, espaces publics, en lien avec l’éducation et la culture. Ces programmes – qu’il s’agisse de constructions neuves ou de rénovation – sont basés sur la solidarité, la participation et la convivialité.
– Selon vous, quelle plus-value apportent les processus participatifs?
– Notre pratique professionnelle nous a convaincues de la nécessité et de l’efficacité des démarches participatives dans l’élaboration de projets en impliquant les utilisateurs-trices, les mandants et les divers services concernés. Nous estimons essentiel de réserver le temps nécessaire au dialogue et à l’interrogation. Les projets en ressortent grandis car ils sont nourris de l’intelligence collective du groupe; ils sont portés par tous les participant-es qui s’approprient autant les projets que les espaces qui en découlent. Chaque mandat fait l’objet d’une étude constamment renouvelée, en lien avec son contexte, ses enjeux et ses besoins spécifiques. Une fois le bâtiment livré, nous aimons y retourner pour recueillir les impressions. Ces retours, qu’ils soient positifs ou négatifs, sont essentiels pour l’élaboration des futurs projets. Lorsque les utilistateurs-trices nous confient s’y sentir bien, c’est la plus belle reconnaissance de notre travail!
– L’agilité de l’habitat, voire de la ville, est un thème qui vous tient à cœur. De quoi s’agit-il?
– Comment vivrons-nous demain, alors que notre avenir est empli d’incertitudes? Personne ne le sait. Nous devons alors faire preuve d’ingéniosité et concevoir des espaces dans l’idée qu’ils pourront être utilisés de mille manières différentes. Il n’y a pas de solution toute faite, c’est un état d’esprit que nous prônons. Nous faisons partie de l’association «Habitat 4 générations» (H4G), qui développe cette approche.
– Qu’entendez-vous par Habitat 4 générations?
– L’association H4G regroupe une équipe transdisciplinaire retenue dans le cadre d’un appel à projet-modèle lancé par la Confédération pour réfléchir à quoi ressemblerait le nouvel ordinaire de l’habitat, en réponse aux besoins de quatre générations. Afin de comprendre ces besoins, des enquêtes ont été menées et un chantier participatif a été organisé en collaboration avec le Forum Grosselin (actif dans le secteur du PAV). Il en est ressorti, notamment, que le logement devait être un «facilitateur de la vie quotidienne», et qu’il devait pouvoir s’adapter aux besoins de ses habitant-es, et non l’inverse. Ces démarches nous ont aussi permis d’identifier les barrières au maintien à domicile des personnes âgées/vulnérables, telles que l’absence de bancs, de commerces de proximité, les portes trop lourdes, les seuils difficiles à franchir, les baignoires dangereuses, etc. Ces limitations précipitent souvent la mise en EMS de personnes – avec des coûts financiers et sociaux considérables – qui auraient pu rester chez elles moyennant de simples aménagements. En bref, pour répondre à l’évolution des modes de vie, au changement des structures familiales et à la problématique du vieillissement, l’habitat doit être plus inclusif, plus résilient et favoriser les solidarités.
– Quels sont les moyens pour réaliser ces objectifs?
– Il est question de rechercher le plus grand dénominateur commun, et non le plus petit, et de placer la personne vulnérable (personne âgée, enfant, personne à mobilité réduite, etc.) au cœur de la réflexion. Ce qui est adapté à cette personne sera adapté à la majorité des individus. Les réponses sont multiples: plan d’architecture neutre laissant un usage des pièces indéterminé, pièce «joker» jouant tour à tour le rôle de chambre d’adolescent, de bureau ou d’accueil d’un visiteur, possibilité de regrouper ou séparer des appartements ou encore, à l’échelle d’un immeuble, proposition d’un sanitaire adapté aux personnes à mobilité réduite (PMR) – accessible par tous les locataires et permettant d’inviter des PMR pour un repas ou une nuit -, mutualisation de surfaces, lieux pour recevoir des soins de proximité, tout dispositif permettant de lutter contre l’isolement, concierge à vocation sociale, coordinateur-trice de quartier, etc. Nous espérons qu’un jour nous aurons la possibilité de concrétiser ce concept d’habitat sur une parcelle à Genève.
– Pour conclure, peut-on vous qualifier d’architectes engagées?
– Absolument. Le métier d’architecte est exigeant et requiert un engagement sans relâche. Il doit faire sens. Car si on ne travaille pas avec le cœur, cela n’en vaut pas la peine!