La charpente et l’enveloppe extérieure de cet édifice de quatre niveaux ont été réalisées entièrement en bois.

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Maison de l’environnement

Un phare pour l’avenir

15 Déc 2021 | Articles de Une

Inaugurée il y a quelques semaines, la Maison de l’environnement à Lausanne est un bâtiment surprenant: c’est la première fois en Suisse qu’un complexe administratif de cette ampleur est réalisé presque exclusivement en bois local et en terre crue. Ces techniques de construction, à la fois ancestrales et durables, illustrent les axes d’action du Canton de Vaud: protection et valorisation des ressources naturelles locales, réduction des émissions de gaz à effet de serre et efficience énergétique.

A l’interface entre les vergers à l’ouest et la forêt à l’est, la Maison de l’environnement (MEV) se trouve sur les hauts de Lausanne (Vennes); elle accueille déjà les 180 collaborateurs de la Direction générale de l’environnement, jusqu’à présent répartis sur cinq sites de la région lausannoise. «La MEV a valeur d’exemple. Elle doit encourager les collectivités publiques à privilégier des modes de constructions alternatifs aussi souvent que possible», relève Béatrice Métraux, conseillère d’Etat en charge de l’Environnement. Le bâtiment est le fruit d’un concours d’architecture et d’ingénierie en entreprise totale, remporté par JPF Entreprise Générale SA et Ferrari Architectes SA.

Légèreté et masse

La charpente et l’enveloppe extérieure de cet édifice de quatre niveaux ont été réalisées entièrement en bois. Pour ce faire, quelque 4000 m3, majoritairement de l’épicéa, ont été prélevés dans les forêts cantonales, puis assemblés dans différentes entreprises vaudoises. Le corps central est pour sa part composé de blocs en terre crue compressée, contenant 95% de terre et seulement 5% de ciment comme liant. Ces briques d’un genre tout à fait particulier ont été produites par Terrabloc, une société genevoise dont la fabrique se trouve sur la Côte (voir Gros Plan ci-contre). La matière première a été prélevée dans plusieurs chantiers de la région, tous situés à moins de 20 km de l’usine. Le recours à ce matériau permet de réguler naturellement la température et l’humidité à l’intérieur du bâtiment.
Des pompes à chaleur géothermiques assurent le chauffage de la MEV, tandis que 400 m2 de panneaux solaires photovoltaïques sont installés sur son toit végétalisé. Des aménagements favorisant la biodiversité, dont une zone humide, verront également le jour à proximité immédiate du bâtiment. «La réduction des émissions de CO2 est désormais au cœur de la gestion du parc immobilier de l’Etat de Vaud. Cet édifice constitue un jalon important», souligne Pascal Broulis, chef du Département des finances, en charge des bâtiments cantonaux. Le recours au bois des forêts cantonales est en effet prévu dans les années à venir pour plusieurs réalisations majeures, parmi lesquelles l’extension du Tribunal cantonal. La construction de la MEV a respecté le budget initial de 18 millions de francs et l’usage accru du bois lui a, par ailleurs, valu le soutien de l’Office fédéral de l’environnement à hauteur de CHF 150 000.-. A noter également que le bâtiment bénéficie de trois certifications suisses (SméO, Minergie P-Eco, Nature & Economie).
Réunissant dans un écrin chaleureux les collaborateurs qui œuvrent dans le domaine de l’environnement, la MEV favorisera certainement les échanges et les synergies entre tous. Elle sera également un emblème de l’écologie au service de la population.

 

Véronique Stein

Intérieur de la Maison de l’Environnement.
Le Jardin Alpin à Meyrin, Terrabloc.

GROS PLAN

Terrabloc: de la terre aux murs solides

 

En produisant des briques à partir de déchets d’excavation, l’entreprise genevoise Terrabloc réinvente une technique ancestrale, la construction en terre crue; en outre, elle applique le principe d’économie circulaire au secteur du bâtiment. Le procédé est simple: Terrabloc récupère la terre sur les chantiers locaux, l’analyse, la concasse, la mélange, la compresse et en fait des briques. Cette architecture de terre a d’ailleurs existé à Genève, comme en témoignent les fermes en pisé à Meyrin ou la Mairie de Vandoeuvres. A l’étranger, citons la célèbre citadelle de Bam en Iran, dont les habitations et la forteresse en adobe (mélange d’argile et de sable) s’étendaient sur une superficie de 180 000 m², avant de s’effondrer lors du grand tremblement de terre de 2003. C’est cette tradition constructive que Terrabloc a remis au goût du jour.

 

Au Burkina
Au début des années 2000, rappelons qu’une initiative hors du commun avait été menée par des entrepreneurs genevois au Burkina Faso (technique dite de la «voûte nubiennne»). A l’initiative de Charles Seydoux, alors président de la Section genevoise de la Société suisse des entrepreneurs, plusieurs bâtiments avient été construits avec des briques en terre crue (méthode ancestrale burkinabé), notamment par des apprentis genevois travaillant aux côtés des autochtones. Une délégation avait séjourné au Burkina, avec des entrepreneurs (Christian Danz et Thierry Garçon, d’Induni SA notamment) et de journalistes (Lionel Chiuch et notre rédacteur en chef Thierry Oppikofer), rencontrant des personnalités locales, des expatriés suisses et des diplomates.

 

Un véritable essor
En octobre 2019, Terrabloc a remporté la deuxième édition du Prix Sud, créé et organisé par le journal «Le Temps» et visant à récompenser une start-up durable. Comme l’indiquent les cofondateurs de Terrabloc, Rodrigo Fernandez (ingénieur) et Laurent de Wurstemberger (architecte), «les chantiers de construction génèrent en Suisse romande des millions de mètres cubes d’excavation de terre qui partent en décharge». Chez Terrabloc, cette terre est revalorisée en blocs de terre compressés destinés à la réalisation de murs pour les bâtiments, pour la plupart des façades et de l’ornement. En termes d’énergie, l’avantage est que les briques agglomérées par compression ne sont pas cuites, ce qui réduit la consommation d’énergie pour chauffer les fours et diminue de fait l’énergie grise. Quant aux teintes, les briques en terre crue intègrent toutes les nuances de beige; elles offrent également des textures intéressantes. Enfin, en absorbant et en régulant l’humidité, les briques de Terrabloc permettent au bâtiment de respirer naturellement. Cette spécificité crée un environnement sain et augmente le confort à l’intérieur de la construction.
L’entreprise compte aujourd’hui plus de quinze réalisations en Suisse romande, ainsi que des rénovations; d’autres projets sont en cours. Terrabloc a commencé son activité en 2013 sur les chantiers avec une petite machine, en pressant chaque bloc l’un après l’autre. En 2015, les Services industriels de Genève (SIG) recourent à ses services pour la construction du mur d’entrée de la «Maison du futur», sur les Berges de Vessy. Le résultat est à la fois esthétique et contemporain. Depuis, Terrabloc est intervenu sur des bâtiments publics genevois, par exemple pour le doublage intérieur du foyer du Grand-Théâtre (2018), les murs porteurs intérieurs de l’équipement scolaire de Geisendorf (2018) ou encore le doublage intérieur du pavillon d’accueil du Jardin alpin à Meyrin (2016).
On retrouve également l’équipe sur de grands projets urbanistiques, lors de constructions d’immeubles de logements, de coopératives d’habitation, de maisons individuelles ou de petits ouvrages à but pédagogique. En 2018, l’entreprise conclut un partenariat industriel avec le fabriquant de dalles Cornaz à Allaman/VD: la capacité de production est grandement augmentée et passe de 1000 à 25 000 blocs par jour; les prix deviennent concurrentiels (surcoût des briques de terre d’environ 10% par rapport aux briques en terre cuite classiques). De quoi concevoir de nombreuses constructions saines et naturelles, dont les murs vivants procurent un charme singulier!

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