Il faut également agir sur les immeubles locatifs privés.

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Commune-Rénove

Trois communes genevoises s’allient pour la transition énergétique

16 Mar 2022 | Articles de Une

Les propriétaires et régisseurs du canton de Genève ont été conviés à la conférence de lancement de Commune-Rénove, qui s’est tenue le lundi 7 mars dernier au Muséum d’histoire naturelle. Ce programme, porté par les communes de Lancy, Carouge et Grand-Saconnex, leur offre un soutien technique et administratif; il a pour but de les accompagner tout au long du processus de rénovation énergétique de leurs bâtiments. Plus de 150 personnes ont répondu à l’invitation – en présentiel et en ligne, découvrant le périmètre du projet, sa portée et les prestations proposées.

Avec un taux annuel de rénovation inférieur à 1% à Genève, le plus bas de Suisse, il faudrait un siècle pour rénover l’ensemble du parc immobilier. «A ce jour, les bâtiments engloutissent 50% du bilan énergétique cantonal, toutes énergies confondues, et émettent un tiers des émissions CO2 pour le chauffage et l’eau chaude sanitaire, a rappelé le conseiller d’Etat en charge du Département du territoire, Antonio Hodgers. De plus, il existe un écart de performance énergétique de 50% en moyenne entre l’objectif de consommation visé et les mesures réelles après travaux». Ces différents constats font de la rénovation énergétique des bâtiments une priorité pour la transition énergétique.
Dans ce contexte, trois communes – Lancy, Carouge, Grand-Saconnex – ont uni leurs forces afin de dynamiser les rénovations énergétiques des bâtiments privés situés sur leurs territoires respectifs. La démarche Commune-Rénove est mutualisée sous l’égide de SIG-éco21, en collaboration avec l’Office cantonal de l’énergie (partenariat GEnergie). L’accompagnement Commune-Rénove offre aux propriétaires immobiliers et aux régies l’opportunité d’anticiper les réglementations à venir et de bénéficier de l’expertise de nombreux intervenants.

Des premières graines à l’engouement partagé

Ce nouveau projet s’appuie sur l’expérience pilote menée avec succès à Onex: le taux de rénovation est passé de 0.8% à 7,5% (2016-2017). «Lancy-Rénove» a pris le relais (2019-2021). Damien Bonfanti, conseiller administratif de la Ville de Lancy, partage son expérience et communique quelques résultats: les workshops Lancy-Rénove ont permis de traiter 27 projets de rénovation; plus de 200 acteurs de l’énergie et de l’immobilier ont suivi les webinaires; de nombreux rendez-vous bilatéraux ont été organisés. Un monitoring évaluera dans la durée la réussite du projet et ciblera d’éventuelles adaptations. Le conseiller administratif lancéen a mis le doigt sur des situations complexes comme les bâtiments détenus par plusieurs propriétaires ou les parcs immobiliers répartis sur plusieurs communes. D’où l’intérêt d’une approche partagée entre plusieurs municipalités.
Carouge a récemment rejoint le bateau: Cité de l’Energie depuis 2008, elle vise désormais le label Gold en 2024. Comme le relève sa conseillère administrative Stéphanie Lammar, «pour assurer la transition énergétique, nous ne pouvons nous limiter à rénover les bâtiments communaux (Théâtre de Carouge, Musée de Carouge, Salle des Fêtes, Ecole des Pervenches, piscine de la Fontenette), qui présentent des indices de dépense de chaleur (IDC) élevés. Il faut également agir sur les immeubles locatifs privés; 289 bâtiments sont potentiellement concernés par le programme Commune-Rénove. C’est en toute logique aussi que le Grand-Saconnex, Cité de l’Energie Gold depuis 2016, a adhéré à la démarche; en plein processus de révision de ses documents stratégiques, la commune a une vision globale de son territoire et de la gestion de ses ressources. Son représentant, Laurent Jimaja, a indiqué que le potentiel de rénovation de l’habitat collectif s’élevait à 149 immeubles.

Les ateliers Lancy-Rénove ont permis de traiter 27 projets de rénovation.

Améliorer l’ambition énergétique, faciliter le processus
de rénovation

Commune-Rénove vise les bâtiments locatifs de plus de 500 m2 de surface de référence énergétique (SRE), construits entre les années 1946 et 1990; la priorité est donnée aux bâtiments d’une SRE importante et les plus gourmands en énergie. Les workshops permettent aux propriétaires immobiliers et régies de bénéficier de l’expertise d’ingénieurs partenaires, à même de les orienter et les conseiller au mieux sur la définition de leurs objectifs, le cadrage de l’étude préliminaire ou encore le choix des variantes de rénovation. Ces workshops permettent également d’échanger avec des intervenants et experts, tels que les offices préaviseurs du canton, l’HEPIA et SIG (CAD et éco-21).
En cas d’intérêt, les propriétaires et régies peuvent bénéficier d’un suivi de leurs projets, avec in fine un double accompagnement technique et social des travaux de rénovation, via les prestations, aujourd’hui subventionnées, d’Assistance à Maîtrise d’Ouvrage énergie (AMOén) et d’Assistance à Maîtrise d’Usage (AMU). Christian Freudiger, adjoint scientifique à l’Office cantonal de l’énergie, insiste sur l’esprit de la démarche qui intègre tous les acteurs, y compris les habitants – premiers concernés par les travaux de rénovation. Caroline Cacheiro, responsable Solution rénovation SIG-éco21, enchaîne en soulignant l’importance d’inclure la dimension énergétique en amont des processus, idéalement dès la phase de définition des objectifs; le rapport coût, qualité et performance énergétique en sera optimisé.

Une démarche ouverte
à l’ensemble des communes

Intervenir sur l’enveloppe globale du bâtiment est au cœur de l’accompagnement de Commune-Rénove. Mais pour parvenir à la sortie des énergies fossiles, des mesures ponctuelles peuvent s’avérer utiles: installation de pompes à chaleur; optimisation des installations techniques; déploiement des réseaux thermiques; développement du solaire (thermique et/ou photovoltaïque), etc. Bien que menée de concert par les trois communes, la démarche tient compte des spécificités propres à chacune d’entre elles. Selon Pierre Olivier, mandataire concepteur de Commune-Rénove, les bâtiments concernés représentent, en termes de SRE, 14% du parc immobilier genevois. Un pourcentage non négligeable! Et il est d’ores et déjà annoncé que le modèle opératoire sera reproduit dans d’autres communes qui ont manifesté leur intérêt.
«Si les défis sont de taille et l’ouvrage d’envergure, les propriétaires disposeront, à terme, de bâtiments valorisés et plus performants. Et les habitants-locataires seront également gagnants: ils vivront dans des logements plus confortables tout en payant moins de charges. La rénovation énergétique du parc bâti est LE premier axe du Plan climat genevois», a insisté Antonio Hodgers, avant d’évoquer, sans en dire davantage, le nouveau règlement sur l’énergie en vigueur d’ici quelques semaines et qui comprendra son lot d’obligations. «Adhérez sans plus attendre à cet élan, d’autant plus important aujourd’hui pour assurer notre souveraineté énergétique!», a déclaré le magistrat en charge du territoire.

 

Véronique Stein

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