la fête des maires - Laurent Jimaja, maire du Grand-Saconnex
Sous le signe du développement durable
La commune du Grand-Saconnex vit depuis plusieurs années au rythme des chantiers avec la création de nouveaux quartiers et d’infrastructures routières. Avec une forte hausse de sa population, qui atteint aujourd’hui près de 13 000 habitants et qui devrait encore augmenter de 20% à 25% d’ici 2035, la commune doit notamment relever le défi de la mobilité, comme l’explique Laurent Jimaja, son très sympathique et très écologiste maire.
– D’où vous vient votre engagement en faveur de l’écologie?
– J’ai cet engagement depuis presque toujours. Je me suis très tôt interrogé sur un certain nombre de choses. J’étais encore gamin dans mon pays d’origine, le Bénin, que je me demandais comment nous pouvions faire avec les piles qui alimentaient les transistors et les batteries utilisées des voitures, puisque tout cela se retrouvait sur un tas d’ordures sans fin. Il y avait bien des collectes, mais à quoi servaient-elles, sinon à jeter ensuite dans la nature? Je voyais que les bouteilles qui se retrouvaient sur le tas d’ordures – qui était une mini-décharge à ciel ouvert, pas très loin de chez nous – subsistaient même après qu’on eut mis le feu, ce qui se faisait à l’époque. J’étais préoccupé. Ensuite, quand j’ai fait mes études universitaires au Sénégal, j’ai obtenu un diplôme d’études approfondies en Sciences de l’environnement pour compléter mon cursus, car je n’étais pas satisfait de ma maîtrise en Economie.
Je m’interrogeais sur ce que nous allions pouvoir accomplir en faveur de l’environnement; je ne voyais pas d’issue, puisque la croissance valorisée semblait illimitée, avec des ressources limitées. Ce questionnement m’a d’autant plus incité à m’engager politiquement, même si j’y pensais de toute façon. Je trouvais utile d’avoir un raisonnement responsable et que celui-ci soit davantage en adéquation avec un parti comme le parti écologiste.
Ce n’est pas ma réussite politique qui est importante, mais la survie de la planète, la survie du cadre de vie. C’est ce qui m’a conduit chez les Verts où j’ai rencontré des personnes qui partageaient les mêmes préoccupations et le même idéal que moi.
– Quel bilan tirez-vous de la législature qui s’achève?
– Un bilan globalement positif. Nous avons vécu normalement malgré les nombreux défis et projets auxquels nous avons dû faire face. Je pense notamment à la route des Nations qui est devenue la pénétrante pour le canton en provenance du canton de Vaud et de la France voisine, de l’Ain en particulier. C’est le chantier majeur que nous avons été amenés à gérer en matière de mobilité, mais nous en avons beaucoup d’autres en termes d’aménagement; même si certains n’ont pas encore abouti, nous avons bon espoir que ce sera le cas prochainement. Il s’agit, entre autres, du projet Carantec, avec la construction d’environ 300 logements, le projet des Marronniers, appelé aussi à se développer autour de la place de Carantec, en lien avec le prolongement du tram des Nations. Il y a également le projet de La Susette, avec la création d’environ 900 logements, des équipements publics, un parc agro-urbain, et le projet du parc Morillon, avec une centaine d’appartements.
A cela, il faut ajouter les projets de densification courante sur le territoire et de valorisation des terrains existants. Ces projets relèvent du privé, car chaque propriétaire d’une parcelle a le droit de la densifier dans les limites prévues par la loi.
Voilà où nous en sommes concernant la mobilité et l’aménagement, mais, en plus, il y a tous les défis liés au développement durable, car la population est de plus en plus demandeuse, notamment en ce qui concerne la performance énergétique. C’est du reste un chantier en cours, avec un Fonds climat qui vient d’être voté et qui se trouve en force.
– En quoi consiste-t-il?
– Nous développons, par exemple, plusieurs projets avec les Services industriels de Genève, notamment notre plan lumière, qui concerne l’éclairage du domaine public. Nous changeons la plupart de nos éclairages pour passer au LED et régler la luminosité sur les chemins et les routes, réduire ou couper l’éclairage, car la technologie permet désormais d’agir à distance en fonction des critères que nous aurons définis avec notre prestataire.
– Comment la population vit-elle ces nombreux chantiers?
– En tant qu’autorités communales, nous devons être vigilants à plusieurs aspects, le principal d’entre eux étant les incompréhensions suscitées par le manque d’information malgré les nombreuses concertations mises en place pour la plupart des projets. C’est quelque chose qui ne se faisait pas tellement autrefois, mais qui est devenu essentiel.
Par ailleurs, notre Plan directeur communal intègre un certain nombre de priorités pour la collectivité. Là aussi, la population imagine beaucoup de choses, notamment la possibilité d’expropriations, ce qui n’est pas du tout le cas. Même l’arrivée du tram suscite de nombreuses incompréhensions de la part de certains citoyens, de bonne foi.
Les projets de densification interpellent les gens. Pourtant, il faut construire la ville en ville, sans nécessairement toucher à la zone villas importante au Grand-Saconnex et qui représente un îlot de verdure. Notre Plan directeur communal n’intègre aucune atteinte à la zone villas dont la densification ne peut se faire sans l’approbation des propriétaires; cependant, les préjugés ont la vie dure.
– Les habitants s’engagent-ils pour ces nouveaux projets?
– Oui, pour La Susette par exemple, la modification de zone a été votée, car nous avons présenté un très bon projet qui inclut des logements, mais aussi des espaces publics avec un parc agro-urbain où les habitants pourront venir cultiver des légumes. Il y aura également des animaux de la ferme.
Nous avons été accompagnés par un certain nombre de citoyens qui se sont sentis concernés, non pas pour s’opposer, mais plutôt pour proposer. Le début du chantier devrait commencer d’ici 2035.
Pour les Marronniers aussi, plusieurs démarches ont déjà été entreprises, mais la pandémie a retardé ce projet. Maintenant, nous repartons avec de nouvelles concertations.
– Les habitants du quartier du Pommier sont déjà arrivés…
– Oui, en ce qui concerne les grands quartiers, celui du Pommier est le plus vaste que nous ayons construit ces vingt-cinq dernières années. Les habitants sont désormais installés et il faut mettre en place de nouvelles mesures d’accompagnement, ce que nous essayons de faire, notamment en matière de développement durable. Le projet comprend beaucoup de béton, comme cela se faisait autrefois, et il s’agit du plus gros îlot de chaleur de la commune. Nous essayons donc de rendre certaines surfaces perméables, d’apporter un peu plus de végétation dans les zones concernées, et aussi d’offrir des points de recharge pour les voitures électriques, l’électromobilité étant, dans le domaine des transports, l’un des moyens pour réduire les émissions de CO2.
Amener de l’eau en ville est une autre priorité et nous avons réinterrogé, en ce sens, le projet Carantec. Nous allons planter beaucoup plus d’arbres pour offrir de l’ombre et les parkings ont été repensés pour s’implanter en dessous des immeubles.
– Comment gère-t-on l’importante augmentation de la population en matière de mobilité?
– C’est un vrai challenge, mais nous disposerons du tram, ce qui permettra de réduire les transports individuels motorisés; de plus, les gens pourront à l’avenir circuler plus aisément à vélo et à pied. Le tram des Nations représentera deux ans de travaux intenses qui vont fortement toucher la route de Ferney que les automobilistes ont recommencé à emprunter dernièrement au lieu de prendre la route des Nations. Lorsque les travaux du tram débuteront, la route de Ferney sera fermée au niveau de la route des Morillons; on ne pourra plus passer derrière l’hôtel Intercontinental, ce qui dissuadera davantage de conducteurs, et je l’espère, les encouragera à prendre la route des Nations.
– Le Grand-Saconnex est indissociable de l’aéroport. Comment se passe la cohabitation?
– Nous dialoguons en permanence avec l’aéroport. Je suis, par exemple, au Conseil d’administration de l’aéroport en tant que représentant de la commune du Grand-Saconnex. Nous informons la direction générale de l’aéroport de nos préoccupations, notamment en matière de nuisances olfactives et sonores. L’existence d’une courbe de bruit, en raison de l’aéroport, nous empêche de valoriser certaines parcelles; nous essayons de raisonner différemment pour les développer d’une autre manière. C’est ce que nous faisons à La Susette où il n’est possible d’implanter des logements qu’au-delà de la courbe de bruit, ce qui nous a incités à introduire d’autres activités.
Nous avons également sollicité la Confédération, afin d’avoir davantage de murs anti-bruit, du fait qu’un tronçon de l’autoroute occupe une bonne partie du territoire de la commune. En outre, nous avons demandé une couverture totale ou partielle de ce tronçon pour permettre une perméabilité un peu plus grande en matière de biodiversité et de mobilité pour les citoyens de la commune. Les autoroutes sont de vastes îlots de chaleur et s’il est possible d’en couvrir une partie, afin de planter des arbres et d’avoir de la végétation, ce sera aussi bénéfique pour la biodiversité. A New York, certaines zones ont été plantées afin de permettre aux abeilles de butiner et de produire du miel.