Le film « Metropolis » de Fritz Lang dénonce, en 1927 déjà, les dérives sociales du progrès.

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La revue «Immorama» ose la question

Qui croit encore au progrès?

23 Mar 2022 | Articles de Une

Le printemps arrive et avec lui, telle la bienveillante hirondelle, la nouvelle édition de la revue semestrielle «Immorama», seul média à être distribué dans toutes les boîtes aux lettres des cantons de Genève et de Vaud. Axée sur l’immobilier et l’urbanisme, mais aussi plus largement sur les enjeux politiques et sociaux, la revue explore le sens d’un mot jadis sacré mais devenu un peu tabou en ces temps d’écologie triomphante: le progrès. Un mot qui n’a cessé, au cours des siècles, d’être synonyme de promesses et de désillusions…

«Bienfaits et méfaits – La complainte du progrès»: c’est le thème de la revue «Immorama», éditée par le groupe SPG-Rytz, qui plonge au cœur des espoirs et des contradictions de notre époque. Comment faut-il appréhender ce puissant mouvement venu du fond des âges et que l’on appelle le progrès? Faut-il le cultiver, l’encenser, le fortifier ou, au contraire, s’en méfier comme de la peste et le tenir à distance, le plus loin possible? L’époque est singulière, en tout cas, puisque le progrès n’a jamais été aussi rapide et aussi étourdissant (ordinateurs personnels, smartphones, intelligence artificielle, transhumanisme), mais n’a jamais suscité une telle méfiance et une telle aversion, comme le prouvent le développement de la sensibilité écologique et la montée en force, un peu partout, des Verts.

Avantages et inconvénients
du progrès

«La complainte du progrès, comme celle de la nostalgie, sa cousine, sont des thèmes inépuisables, constate Thierry Barbier-Mueller, administrateur délégué du groupe SPG-Rytz, dans son éditorial. Leur simple évocation a de quoi faire naître un discret ennui, inciter au bâillement, anticiper une pluie de poncifs et d’enfoncements de portes ouvertes. Et pourtant: il s’agit là de sujets universels, essentiels, et qu’il est bon de revisiter régulièrement».
Pour ramener les choses à l’essentiel: «La marche en avant du progrès nous est-elle bénéfique? Une réflexion affûtée peut-elle nous permettre de profiter de ses avantages, tout en évitant ses inconvénients?».
La réponse n’est pas simple et elle est même impossible, comme le montre le dossier réalisé par «Immorama». On ne peut pas rédiger soigneusement, puis comparer doctement, la liste des avantages et la liste des inconvénients. On ne peut même pas saisir, dans le flux ou plutôt l’éternel tsunami du progrès, ce qui nous fait du bien et ce qui nous inquiète, ce qui nous libère et ce qui peut-être risque de nous enfermer. Même si aucune digue, idéologique ou religieuse, ne pourra jamais arrêter le progrès, celui-ci est pourtant devenu plus complexe et plus incertain, nourrissant d’interminables débats de toute sorte, politiques, sociaux, philosophiques et même spirituels.

Changement radical de paradigme

«Un changement radical de paradigme est intervenu ces dernières décennies, reprend Thierry Barbier-Mueller. Durant des millénaires, le progrès intervenait dans des dimensions et à une vitesse «humaines»; mais depuis quelque temps, l’on constate un changement exponentiel de rythme et d’échelle. Pour le dire autrement, la notion de progrès incorporait traditionnellement l’idée rassurante de la domination de la nature par l’homme. Toutefois, nous sommes clairement entrés dans une nouvelle ère, celle de l’assujettissement de l’homme à la technique, voire à l’intelligence artificielle, (le caractère profondément visionnaire du film de Kubrick, «2001, l’odyssée de l’espace», impressionne)».
Alors que faire, que croire, quel avenir imaginer? Si la notion du progrès a évolué au fil du temps, de Rabelais aux métavers, comme l’explique Emmanuel Grandjean, elle s’inscrit aujourd’hui dans ce que Thierry Oppikofer appelle «le Far-West du numérique». Le monde nouveau est arrivé et il se déploie sous nos yeux, mais sans que l’on parvienne à le saisir vraiment, dans une sorte de réalité parallèle qui est désormais, de plus en plus, la seule réalité. Le progrès a migré dans le numérique, pour le meilleur et pour le pire. L’ambiguïté n’en finit pas: les avantages et les inconvénients du numérique, les avancées spectaculaires et les régressions…
L’écrivain français Raphaël Enthoven dit que la philosophie est une discipline forcément frustrante, parce qu’elle n’apporte jamais de réponse définitive aux grandes questions existentielles. Le dossier d’«Immorama» ne fournit pas, lui non plus, de réponses catégoriques et c’est là tout son intérêt. Et après avoir réfléchi à la notion de progrès, on pourra se détendre en consultant une large sélection d’objets à louer ou à vendre, maisons ou appartements, présentés par la revue. Il y a de quoi rêver!

 

Robert Habel

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