Des travaux plus ou moins importants selon l’IDC de chaque bâtiment.

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Mesures de rénovation

Pour une société décarbonée

27 Avr 2022 | Articles de Une

Genève a de grandes ambitions environnementales. Partant du constat que le parc bâti représente près de la moitié de notre consommation énergétique, les autorités cantonales sont déterminées à accélérer le rythme et la qualité des opérations de rénovation. Le 13 avril 2022, le Conseil d’Etat a adopté une modification du Règlement d’application de la Loi sur l’énergie, ajoutant par ce biais des contraintes aux incitations déjà existantes. Deux principaux volets sont concernés par la réforme: l’abaissement de l’indice de dépense de chaleur à 450 MJ/m2/an (800 MJ/m2/an actuellement) et le recours obligatoire aux énergies renouvelables lors du changement de chaudière.

Le plan d’action est lancé sur dix ans, afin de laisser le temps aux propriétaires de planifier les travaux d’assainissement et de se mettre en conformité, a déclaré d’emblée Antonio Hodgers, conseiller d’Etat responsable du Département du territoire. A terme, les mesures préconisées permettront d’augmenter le taux de rénovation à Genève, le faisant passer de moins de 1% à 2,5% en 2030 et 4% en 2050». Ce vaste programme nécessitera, certes, un investissement significatif, mais il aura aussi un effet de levier sur le marché local (création d’emplois, nouvelles filières de formation, etc.); des reconversions vers de nouveaux métiers seront toutefois nécessaires.
Environ 60% du parc bâti à Genève, soit 29 000 bâtiments, se trouvent aujourd’hui au-dessus du fameux seuil de 450 MJ/m2/an toléré. Ce sont les villas qui affichent en moyenne l’indice de dépense de chaleur (IDC) le plus élevé (590 MJ/m2/an), suivies des immeubles résidentiels (450 MJ/m2/an), puis des commerces/industries (410 MJ/m2/an), et enfin des bâtiments administratifs (340 MJ/m2/an).

Une stratégie en étapes

Outil introduit il y a quelques années, l’IDC permet de mesurer la consommation d’énergie d’un bâtiment, nécessaire pour couvrir ses besoins de chaleur (chauffage et eau chaude). «A terme, tous les types de constructions dont l’IDC est significativement au-dessus de la limite autorisée devront faire l’objet de travaux de rénovation complets, tels qu’une amélioration de l’isolation périphérique, précise Antonio Hodgers; cependant, jusqu’à 550 MJ/m2/an, des mesures d’optimisation énergétiques (réglage des chaudières par exemple) suffiront».
Les travaux sur les bâtiments les plus énergivores – environ 2% du parc, soit 1000 bâtiments – sont à lancer de manière immédiate. Les autres suivront jusqu’en 2031, selon des paliers précisés dans le Règlement. Cédric Petitjean, directeur général de l’Office cantonal de l’énergie, se veut rassurant: «Les propriétaires n’auront pas à rénover leur parc immobilier dans l’année! De nombreuses régies de la place nous ont d’ailleurs déjà emboîté le pas en menant une valorisation énergétique de leur parc immobilier sous gestion». Depuis deux ans, les milieux immobiliers et les professionnels de la branche (entreprises, architectes, ingénieurs spécialisés, etc.) sont consultés afin qu’ils puissent anticiper, en s’équipant ou en concevant des projets adaptés. A noter que des dérogations resteront possibles: pour les bâtiments à caractère patrimonial, lors de non-faisabilité technique démontrée, ou encore en cas d’incapacité financière prouvée par le propriétaire.

La fin des chaudières à mazout

Aujourd’hui, les installations de chauffage des bâtiments sont alimentées à 90% par l’énergie fossile (gaz, mazout). La nouvelle réglementation impose que – lors d’un changement de chauffage – des solutions alimentées 100% à l’énergie renouvelable et à la récupération de chaleur soient la norme. Il s’agira de privilégier l’installation qui convient le mieux à chaque situation et budget: pompe à chaleur, géothermie, solaire thermique, chauffage au bois, etc. En outre, de nombreuses possibilités de raccordement alternatif existent, telles que Cadiom, qui récupère les rejets de chaleur de l’usine des Cheneviers pour chauffer plus de 10 000 logements et des bureaux; Genève-Lac-Nations (GLN), qui utilise l’eau du lac pour chauffer et rafraîchir les bâtiments du quartier des Nations, ou Genilac, un projet de plus grande envergure qui fonctionne sur le même principe d’hydrothermie. Ces mesures seront renforcées avec le déploiement des réseaux thermiques structurants principaux, tel que plébiscité par la population le 13 février 2022.

Accompagner et financer

Pour mener les travaux à bien, les propriétaires immobiliers peuvent s’appuyer sur des subventions énergétiques, dont les montants avoisinent les 35 millions de francs par année. La plate-forme d’accompagnement GEnergie regroupe une offre d’accompagnement diversifiée: Solution Rénovation (conseils et expertise destinés aux propriétaires et habitants), Opération Commune Rénove, contrats d’optimisation énergétique des immeubles, programme chaleur renouvelable pour promouvoir le déploiement des pompes à chaleur, visites et audits énergétiques des villas, réseaux de partenaires éco21 pour les professionnels (formation, certification, appui administratif). En termes de fiscalité, un nouveau dispositif – complétant les mécanismes de retranchements fiscaux – est à l’étude au Conseil d’Etat, afin de récompenser les propriétaires «très bons élèves», c’est-à-dire ceux qui font état d’ambitions énergétiques particulièrement fortes.
Le changement réglementaire s’inscrit pleinement dans le cadre du Plan directeur de l’énergie adopté en décembre 2020, qui prévoit de diviser par 3,5 la consommation d’énergie et de multiplier par trois la part des énergies renouvelables. La réforme relève également de la logique du Plan climat cantonal de juin 2021, qui vise la neutralité carbone d’ici 2050. «Diminuer la dépendance aux énergies fossiles et favoriser les énergies locales, propres et renouvelables, sont essentiels pour réaliser la transition énergétique du canton. Atteindre l’indépendance énergétique est d’autant plus important à l’heure où un conflit géopolitique en Europe impacte fortement les prix de l’énergie!», commente Antonio Hodgers.

Véronique Stein

GROS PLAN

Le Grand Genève, hôte de l’incontournable
rendez-vous européen

 

La 23e édition des Assises Européennes de la Transition Energétique se tiendra du 31 mai au 2 juin 2022 sur le territoire transfrontalier du Grand Genève. Près de 3500 congressistes – collectivités, scientifiques, experts, acteurs économiques et associatifs – sont attendus à Palexpo pour débattre et partager leurs expériences. Bâtie autour du fil rouge «Moins pour plus!», cette nouvelle édition des Assises sera notamment l’occasion d’aborder le thème de la sobriété énergétique: moins d’énergies fossiles, d’émissions de CO2, de précarité énergétique, pour davantage d’énergies renouvelables, de qualité de vie, d’innovation et d’emplois locaux!
Le programme s’articule autour d’une centaine d’événements, tels que conférences, tables-rondes, débats et ateliers, permettant de décrypter les évolutions actuelles, d’explorer les tendances émergentes et de faire le plein d’inspiration. De plus, des visites seront proposées durant les trois jours, afin de découvrir les initiatives menées dans l’agglomération transfrontalière.
Les Assises, c’est aussi le «Carrefour des Métiers de la Transition Energétique», une occasion unique pour les collégiens et lycéens de se familiariser avec les nombreuses perspectives de formation et d’emploi offertes par le secteur de la transition énergétique. Les jeunes diplômés, les personnes en reconversion professionnelle et les demandeurs d’emploi y trouveront aussi leur compte. Cette année, focus sur quatre thèmes: l’habitat, la mobilité, le numérique et l’économie circulaire.
Enfin, «Off» est le volet grand public des Assises: il animera le territoire du Grand Genève durant un mois (du 10 mai au 5 juin 2022), mêlant ateliers, expositions, balades, projections, jeux, spectacles, concerts, etc. Un riche programme «In and Off» à ne manquer sous aucun prétexte.

 

Informations et inscriptions: www.assises-energie.org

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