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la fête des maires - Salima Moyard, maire de Lancy

«Pont-Rouge a changé le visage du Grand-Lancy»

5 Fév 2025 | Articles de Une

Avec la création ces dernières années de nouveaux quartiers, dont celui très emblématique de Pont-Rouge, le Grand-Lancy connaît une très forte croissance de sa population, qui atteindra 40 000 habitants lorsque le quartier de Surville, surplombant la plaine de l’Aire et la Praille, sera finalisé. Des constructions qui constituent un challenge en matière d’infrastructures publiques, comme l’explique la maire de Lancy, Salima Moyard.

– Vous endossez le rôle de maire pour la dernière année de la législature 2020-2025, comment cela se passe-t-il?
– Effectivement, je suis maire en cette année de clôture. Sur les cinq ans, j’ai endossé ce rôle durant la troisième et la cinquième année, mais le fait d’être maire consiste surtout en davantage de représentation. Le plus important reste le travail effectué en coulisses avec les séances, la lecture de documents, les prises de décision, les discussions et les négociations. C’est la gestion au quotidien de nos onze dicastères. En ce qui me concerne, j’en ai cinq sous ma tutelle, dans des domaines assez variés: le service des affaires sociales et du logement, ceux de la petite enfance, des travaux et de l’énergie, des ressources humaines, ainsi que le secrétariat général. Il est certain que cette année en tant que maire est un peu chargée, d’autant plus que les élections arrivent fin mars.

– Lancy accueille beaucoup de nouveaux logements. Enregistre-t-on une certaine détente?
– Non, il y a encore beaucoup de personnes qui aimeraient habiter à Lancy, mais qui n’y trouvent pas de logement. Nous sommes une commune où la pression sur les logements est forte. Quel que soit le projet d’un promoteur – PPE, logement social, location – il n’aura aucune difficulté à vendre ou à louer; tout partira comme des petits pains.
Par exemple, nous comptons 800 demandeurs, inscrits sur notre liste d’attente, par logement. Comme nos logements affichent des loyers très bas, il n’y a pas énormément de rotation: les gens sont contents et, bien évidemment, il est très difficile de satisfaire tous ces demandeurs, alors même que nous avons construit 170 nouveaux logements pendant la législature qui s’achève.
La Ville de Lancy regroupe environ 700 logements à loyer libre, mais très bas. Le nombre est à peu près identique pour la Fondation communale immobilière de Lancy que je préside, mais il s’agit de logements d’utilité publique. Au total, nous avons plus de 1400 logements. C’est un assez grand parc qui répond aux besoins de la population, car il y a clairement des personnes qui ne peuvent pas payer 2000 francs pour un 4 pièces!

– La commune comprend également une zone villas…
– Oui, nous avons la chance d’avoir une grande diversité de paysages et des différences d’atmosphères entre les quartiers. Nous disposons aussi de zones villas historiques que nous essayons de préserver. Durant cette législature, nous avons fait valider le nouveau Plan directeur communal, avec notamment un bras de fer musclé avec le Canton, car le Plan directeur cantonal prévoit le développement de notre plus vaste zone villas, qui se situe au Petit-Lancy. Or, notre Plan directeur communal prescrit que cette zone soit conservée de manière à garder une mixité de typologies d’habitat dans la commune. Nous ne voulons pas devenir, ni une cité dortoir, ni une commune où il n’y ait que des immeubles de dix étages.
Nous voulons vraiment valoriser cette diversité et accueillir plusieurs ambiances au caractère différent. Quand on est devant Pont-Rouge, ou au milieu de cette zone villas, ou au bord de l’Aire, ce n’est vraiment pas du tout la même chose.

– Quelles sont les répercussions des nouveaux quartiers sur les infrastructures?
– Nous concentrons l’essentiel de nos efforts à suivre en termes d’infrastructures et d’équipements publics. Nous sommes contents d’avoir des promoteurs privés désireux de construire des logements et nous assumons notre développement. Nous ne voulons pas le restreindre, mais essayons de l’accompagner pour que ce soit un développement de qualité, ce qui nécessite de faire respecter les Plans localisés de quartier.
Notre objectif est d’implanter dans les nouveaux quartiers des crèches, des écoles, des places de jeux, des aménagements extérieurs de qualité et de piétonniser au maximum. Ce n’est pas forcément la première la chose à laquelle les propriétaires immobiliers pensent et notre rôle est de faire entendre cette voix publique.

– Vous êtes la première commune à avoir mis en place une stratégie des rez-de-chaussée. Est-ce pour cette raison?
– Oui, pour qu’un quartier une fois construit réponde aux besoins de la population, il faut des commerces de proximité. Nous avons donc mis en place une stratégie des rez-de-chaussée actifs pour que chacun dispose d’une épicerie, d’une pharmacie, d’une boulangerie, d’un coiffeur ou d’un restaurant dans un périmètre proche. Il s’agit de privilégier ce type d’activité plutôt que, par exemple, un cabinet d’assurance qui n’a vraiment pas besoin d’être installé dans un quartier de logement. Nous essayons aussi d’encourager les propriétaires privés à créer des arcades pour des PME. C’est quelque chose qu’il faut anticiper, car une fois le bâtiment construit, il est très difficile de rectifier le tir.

– Est-ce le cas dans les nouveaux quartiers?
– Oui, c’est le cas à Surville, qui est le plus grand Plan localisé de quartier du canton (PLQ). Il s’agit d’une vingtaine de bâtiments, dont certains sont très importants, notamment deux tours elliptiques à l’entrée du quartier. Or, le Plan localisé de quartier validé il y a quasiment une décennie a été prévu sans école, sans crèche et avec vraiment peu de commerces. C’est un énorme problème. Il n’a pas été possible d’implanter une école, car le PLQ a été adopté par le Conseil d’Etat. Et comme une école est une grosse infrastructure, il n’était pas possible de la rajouter délicatement au sein de ce PLQ. Ce que nous avons, par contre, réussi à faire pour deux crèches.

– Quand seront-elles en fonction?
– Normalement, à la rentrée 2027. Il y aura au total une cinquantaine de places dans chacune, ce qui représente une goutte d’eau par rapport aux besoins. Mais la situation est pire pour l’école. Le quartier va compter quelque 750 logements et il n’y a pas d’école. Et toutes celles situées dans les environs sont remplies. Nous allons devoir rénover énergétiquement celle du quartier de Tivoli, auquel on accède depuis Surville par la passerelle de La Visiteuse, dédiée à la mobilité douce. En même temps que la rénovation, nous allons construire quatre classes supplémentaires, mais cela ne résoudra pas tout. Un peu plus loin, une nouvelle école a été construite en une fois alors qu’elle était initialement prévue en deux phases, mais là non plus, ce ne sera pas suffisant.

Pont-Rouge, poumon économique de la commune

– Quel est l’impact de Pont-Rouge sur la commune?
– Le quartier d’affaires a une ambiance particulière. Certains disent: «Ah, c’est un mini-Manhattan». C’est très moderne, BCBG, avec des hommes en costume-cravate et des dames en talons-aiguille. Et puis, de l’autre côté, il y a un quartier d’habitation assez mixte avec un habitat pour les seniors, une crèche, de la PPE, des logements sociaux, l’école et un beau parc.
Le développement de Pont-Rouge, le long de la route des Jeunes, va se poursuivre. Le quartier d’affaires va encore prendre de l’importance, ce qui est très positif parce que c’est vraiment un nouveau poumon économique pour la commune. Cela permet de multiplier les pôles économiques car Procter & Gamble a son siège mondial ici, mais aussi tout une série de commerces, de petites entreprises, d’artisans et même un peu d’industrie au Petit-Lancy.
De nombreuses sociétés du centre-ville sont venues s’installer à Pont-Rouge et sont très satisfaites. Même si la Ville de Lancy n’est pas actrice du développement de Pont-Rouge, puisque les terrains appartiennent principalement aux CFF, ces nouvelles entreprises génèrent des recettes fiscales qui nous permettent d’anticiper le départ d’une autre grande entreprise. Avec ces rentrées fiscales, nous pourrons continuer à financer les prestations dont la population a besoin.

– L’augmentation de la population a-t-elle demandé de repenser la sécurité?
– Lancy rassemblait principalement deux quartiers un peu chauds, d’assez longue date. Le premier était les Palettes, avec l’Etoile Palette, qui est un important immeuble d’habitation des années 60-70, avec des situations socio-économiques parfois difficiles. L’autre zone qui commençait à poser problème se situait autour du square Clair-Matin. Nous avons mis en place, avec le canton, le Plan de cohésion sociale en milieu urbain (PCSMU). Pour résumer, nous avons renforcé le dispositif de travailleurs sociaux et l’action de la police de manière temporaire. Mais ce qui a permis de complètement pacifier la situation a été de proposer de vraies solutions en écoutant les problèmes de ces jeunes, en leur offrant un accompagnement social et en les aidant à s’insérer professionnellement par le biais, par exemple, de petits jobs d’insertion de la Commune. Nous avons aussi mis en place des infrastructures sportives en plein air et installé des potagers à la demande des habitants, au pied de ce grand immeuble. En six mois, la situation s’est beaucoup améliorée, mais cela a nécessité des moyens financiers importants et une implication sur le terrain. Nous avons également testé de nouveaux outils de cohésion sociale qui, objectivement, fonctionnent très bien et que nous pouvons utiliser dans le reste de la commune en cas de besoin.

 

Propos recueillis par
Virginia Aubert

Salima Moyard.
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