L’église au milieu du village.

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la fête des maires - Philippe Membrez – Maire de la commune de Courroux/JU

«Nous sommes une ville à la campagne»

22 Mai 2024 | Articles de Une

«Un grand éclat de vie!», c’est le slogan à l’enthousiasme communicatif de Courroux. Cette petite commune jurassienne, à deux kilomètres à vol d’oiseau de Delémont, a connu un fort développement de sa population ces dernières décennies, tout en conservant son charme rural. Dynamique, elle se lance dans de nombreux projets, notamment la construction d’une nouvelle Maison de l’enfance, comme l’explique son maire, Philippe Membrez.

– Comment peut-on présenter la commune?
– Je dis toujours aux nouveaux habitants que Courroux a quatre grands atouts: sa situation géographique, ses infrastructures, ses différentes prestations avec ses commerces de proximité et une large offre de prestataires de santé, et enfin sa vie associative. Concernant l’accessibilité, nous avons la chance d’être juste à côté de Delémont et de bénéficier de la proximité d’une sortie d’autoroute. Par ailleurs, bien que nous n’ayons pas de train, nous sommes extrêmement bien desservis par les transports publics. Nous sommes l’une des lignes les plus rentables de Suisse romande, avec plus de 100 passages par jour. Nous avons trois bus par heure et quatre aux heures de pointe.

– Tout cela s’est-il traduit par une hausse de la population?
– Dès les années 80 et jusqu’en 2020, nous avons enregistré une augmentation de la population, à raison de 300 habitants par décennie. La plus forte hausse, de 500 résidents supplémentaires, s’était produite entre les années 60 et 70. Nous sommes passés de 1650 habitants à l’époque, à 3370 actuellement.
Nous sommes l’une des communes du canton qui a connu le plus fort développement, car nous avions des terrains à bâtir pour des quartiers résidentiels.
Depuis 2020, la progression de la population s’est tassée, car nous n’avons plus de terrains disponibles. Cela nous a incités en 2022 à entreprendre une révision partielle de notre Plan d’aménagement local, qui a permis le changement d’affectation de 55 000 m2 de terres agricoles en zone constructible.

– Comment cette démarche a-t-elle été perçue par la population?
– Il y a eu quelques oppositions, mais nous avons trouvé un compromis qui a été largement accepté en septembre 2022, car il y a un vrai besoin de logement. Les jeunes de la commune ne peuvent plus construire, ce qui les oblige à s’installer ailleurs.

– Quelle a été l’évolution des prix?
– L’intérêt pour Courroux s’est accompagné d’une hausse des prix du terrain. Actuellement, on se rapproche de ceux pratiqués à Delémont, soit quelque 400 francs le mètre carré.

– La commune dispose-t-elle d’infrastructures adaptées à l’augmentation de la population?
– Oui, car nous avons la chance d’avoir toujours pu adapter nos infrastructures au fur et à mesure. Nous sommes à même de répondre aux besoins d’une population jusqu’à 3500 habitants. En matière de scolarité, nous avons trois sites répartis sur les deux villages qui forment la commune, Courroux, qui est résidentiel, et Courcelon, plus rural avec seulement 450 habitants. Nous avons un peu moins de 300 élèves pour l’ensemble de la commune. Pour ce qui est de l’accueil de la petite enfance, nous pouvons compter sur une structure de 73 places.

– Est-ce suffisant?
– Oui, pour le moment, mais les places pour la petite enfance sont un critère essentiel dans le choix de résidence des gens. Nous allons donc construire une nouvelle Maison de l’enfance, le projet phare de la législature. Elle regroupera les trois sites actuels et devrait avoir une capacité d’accueil de 100 places. Le budget pour ce projet s’élève à une dizaine de millions de francs. Nous en sommes au stade de la concrétisation du plan de l’ouvrage et espérons que cette structure sera opérationnelle à partir de la
rentrée 2026.

– La commune peut-elle assurer cette somme?
– C’est un montant très important pour une commune comme la nôtre, d’autant plus que la feuille de route de notre législature prévoit une quarantaine de projets, soit un total d’environ 30 millions d’investissements à consentir.
Par ailleurs, nous nous sommes fixés trois contraintes pour cette législature. La première est de ne pas augmenter le taux d’imposition, celui-ci étant déjà élevé par rapport à la moyenne cantonale. Nous tenons aussi à rester dans un endettement supportable et une situation de fortune stable depuis 2017.

– Quels sont les principaux projets?
– En dehors du projet phare, il y a la
deuxième partie d’un projet de revitalisation des cours d’eau et de protection des crues qui se monte à 3,5 millions, la réfection de plusieurs rues communales qui coûtera une dizaine de millions, ainsi que la sécurisation de notre approvisionnement en eau potable pour quelque deux millions. Nous avons aussi la mise en place d’une politique énergétique afin de réduire la consommation et de développer le renouvelable qui est budgétisé à hauteur de 1,2 million.

–L’un de ces projets vous intéresse-t-il plus particulièrement?
– En fait, chaque projet représente un intérêt particulier pour notre communauté. Mais il est vrai que nous avons développé deux projets «coups de cœur» lancés cette année. Le premier concerne la promotion de la biodiversité, afin de promouvoir, par exemple, les gazons fleuris et le remplacement de haies de tuyas, qui arrivent à leur fin, par des espèces locales plutôt que par des palissades comme cela se fait de plus en plus. Notre deuxième coup de cœur porte sur la mise en place d’un programme d’activités pour les seniors, qui représentent 21% de notre population.

– Les vacances de proximité, dans la nature, ont toujours davantage de succès. Qu’en est-il du tourisme?
– Nous sommes effectivement une ville à la campagne. Nous disposons d’un bon réseau de sentiers pour les randonneurs et les amateurs de VTT. Même si Courroux n’est pas une commune proprement touristique, le nombre de visiteurs se développe. La preuve en est que la commune compte plusieurs maisons d’hôtes.

 

Virginia Aubert

Philippe Membrez.

GROS PLAN

La fête du village

 

La première fête du village de Courroux-Courcelon, qui comptait à l’époque 800 habitants installés dans environ 130 bâtiments, a été instaurée en 1838 par l’Abbé Bourquardez. «Officiellement, il s’agissait de célébrer la fin des moissons, explique Philippe Membrez, mais en réalité c’était un stratagème pour retenir les jeunes au village, eux qui avaient l’habitude d’aller s’enivrer à Delémont le dimanche». Solidement ancré au dernier dimanche d’août, au fil du temps, ce week-end de fête s’est prolongé à la soirée du lundi pour que les résidents puissent tous partager ce moment de convivialité. Mais depuis plusieurs décennies, cette soirée du lundi est devenue en quelque sorte la référence de cette manifestation qui attire, chaque année, de nombreux visiteurs.

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