Julien Barro. Architecte engagé.

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Ceux qui construisent la Suisse

L’homme au centre de l’architecture!

13 Avr 2022 | Articles de Une

Il aime bien cette formule, parce qu’elle synthétise tout ce qui tourne autour de l’acte de bâtir: «L’architecture est le théâtre de la vie des hommes». Pour Julien Barro, qui est non seulement architecte, mais aussi photographe et président centriste du Conseil municipal de
Carouge/GE, l’architecture est un art de la vie, que ce soit à l’échelle individuelle ou en société.

Il est hyperdynamique et passionné, bouillonnant d’idées et de projets qu’il aime présenter et faire partager autour de lui. Julien Barro, 41 ans, est architecte, mais aussi acteur engagé dans la vie sociale et politique, amoureux de culture et de voyages.
Carougeois de naissance, il a fait des études d’architecture à Lausanne et Zurich, en passant par le Tessin et fondé l’Atelier Objectifs en 2008 dans les murs de l’entreprise de construction bois familiale, à la Fontenette. L’atelier a déménagé l’année dernière à la rue du Tunnel, à deux pas du Théâtre de Carouge.
A la tête d’une structure d’une dizaine de personnes, l’Atelier Objectifs, il a choisi, avec son ami et associé depuis dix ans, Daniel Sède, de privilégier une architecture résolument humaniste, fondée sur la recherche de l’harmonie et du bien-être de ses habitants. Construire, pour lui, c’est imaginer, bien au-delà du choix des matériaux et des formes et à l’encontre aussi d’une certaine mode «show-off», des habitations agréables à vivre au quotidien et qui favorisent l’échange et la convivialité.

Répondre à toutes les demandes

«Je crois que notre génération d’architectes doit remettre l’homme au centre, explique-t-il. A notre époque où tout est virtuel, il s’agit pour nous de construire des bâtiments et des logements qui correspondent aux besoins réels des gens. Nous ne voulons pas être spécialisés uniquement dans un certain type de construction, mais nous montrer ouverts pour répondre à toutes les demandes. La magie de notre métier, c’est qu’il n’y a jamais deux projets identiques. Si on nous appelle pour construire une bibliothèque ou un stade de football, nous le ferons avec le même intérêt que pour une maison ou un immeuble de logement. Nous attachons de l’importance aux demandes des clients et nous les guidons à travers toutes les contraintes pour nous adapter à leurs envies et leur fournir des réponses objectives. Chaque projet est unique et ne peut être reproduit ailleurs. L’architecture décline la culture d’un lieu; elle est son principal vecteur.
D’où cet incessant échange d’idées et d’impressions, ce va-et-vient stimulant de questions, de tâtonnements et d’émotions, qui rythment la vie de l’architecte et lui donnent cette espèce de tension positive qui ne s’arrête jamais. «On dit que l’architecture est la science la plus artistique et l’art le plus scientifique, remarque Julien Barro. C’est une discipline vraiment omniprésente: le mode de vie, la nature, la relation aux autres, la vie sociale, le climat, la culture. Il faut réussir à intégrer tout cela dans un projet pour que les futurs utilisateurs, les habitants de la cité, les riverains, les promeneurs, se sentent à l’aise avec un bâtiment et qu’ils aient du plaisir. Le formalisme ne nous intéresse pas, c’est l’habitabilité qui importe».

Ambiance et habitabilité.

Photographe

Julien Barro, en fait, cultive un regard sensible sur les paysages transformés par l’homme, que ce soit celui des villes, des villages ou des campagnes. Grand voyageur et photographe passionné, il a déjà parcouru le monde avec une attention et une sensibilité toutes particulières pour les villes, ces concentrations gigantesques de puissance et de mystère qui fascinaient tellement Julien Green. «Je prends la ville comme un décor de cinéma, dit Julien Barro. J’essaie de retranscrire l’ambiance, les scènes de la vie quotidienne, les nuages dans le ciel ou le reflet de l’eau. «Je ne quitte pas Genève sans mon appareil photo».

La nuit l’inspire beaucoup, avec ses lumières brutes, ses éclats qui déchirent la noirceur, ses zones obscures, infranchissables. Toute cette ville frémissante et endormie qui laisse imaginer une cité secrète qui resurgira à l’aube, tout aussi énergique et troublante! Julien Barro aime partir des atmosphères, des ambiances.
Il y a donc la Suisse, bien sûr, mais il y a aussi le vaste monde et, en l’occurrence, le Vietnam, ce pays qui compte plus de 100 millions d’habitants. L’Atelier Objectifs a construit à Hué, l’ancienne ville impériale, une résidence pour étudiantes qui a obtenu la médaille d’or du Vietnam Green Building Award 2018. Une construction réalisée dans les règles de l’art, à la suisse (rigueur, fiabilité, ponctualité), mais aussi en respectant la tradition constructive, les contraintes climatiques et culturelles du Vietnam. Placé sous la responsabilité des religieuses Amantes de la Croix de Hué, la résidence, baptisée Bêtania, accueille des chambres pour 78 étudiantes, un restaurant et une bibliothèque. Elle est construite autour d’une cour ouverte et d’une cour couverte, avec des coursives qui distribuent les chambres des étudiantes autour de ces espaces.

«La structure du bâtiment est en béton armé, avec un remplissage en briques. La toiture se présente comme une succession de toits à deux pans, reprenant le rythme de la structure, ce qui réduit la portée et facilite la récolte des eaux pluviales, récupérées dans une citerne».
Au Vietnam également, l’Atelier mène le projet de rénovation de la cathédrale de Hué, qui a déjà commencé et se poursuivra dans les années qui viennent. Autres exemples de cette diversité: une maison familiale de plain-pied, à Conches, un édifice en brique qui se développe en forme de «L» autour d’un grand saule pleureur et d’un bassin de nage. Ou encore un grand ensemble de logements au Petit-Lancy: trois bâtiments triangulaires, disposés autour d’une cour intérieure, comprenant chacun cinq étages et un attique. Avec, au rez-de-chaussée, une crèche pour plus de cinquante enfants, ainsi que des arcades.

Robert Habel

Vue nocturne d’une réalisation au Vietnam.
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