Anne Hiltpold.

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Anne Hiltpold, maire de Carouge

Avec le PAV, il faudra accueillir une nouvelle population

16 Mar 2022 | Articles de Une

Au XVIIIe siècle, le roi de Sardaigne fait construire la ville royale de Carouge avec un objectif: concurrencer Genève. On ouvre des restaurants, on bâtit une grande église (elle aurait dû s’étendre sur toute la place du Marché, mais le sous-sol marécageux et l’argent ont concouru à changer les projets). Carouge a sa synagogue et son cimetière juif (la Genève protestante n’en veut pas) et le roi pense même à une mosquée!
La concurrence et les rivalités religieuses appartiennent au passé, mais chacune des deux villes a conservé son identité et son style. Avec son architecture sarde caractérisée par des maisons de logement à un ou deux étages et par une multitude de boutiques et de restaurants, Carouge est devenue le symbole d’un art de vivre bohème chic. Un paradis des bobos, disent les Genevois jaloux.
Pour Anne Hiltpold, maire de Carouge, l’un des principaux enjeux pour la ville sera d’accueillir une population en forte progression en raison de la création du quartier Praille-Acacias-Vernets (PAV), dont une partie est située sur le territoire carougeois.

– Carouge est connue pour être une ville où il fait bon vivre. A quoi doit-elle sa réputation?
– C’est un équilibre entre plusieurs choses. Il y a le site en lui-même, qui est exceptionnel, le patrimoine architectural avec le Vieux-Carouge, les artisans, les commerces et les cafés, ainsi qu’une centaine d’associations culturelles, sociales et sportives. Par ailleurs, la commune s’est donné les moyens politiques de préserver cet équilibre. Je pense, par exemple, au plan d’utilisation du sol pour permettre aux arcades de rester ouvertes au public. Il y a aussi l’association de commerçants «Les intérêts de Carouge», très dynamique.
La culture a également un rôle important, avec trois théâtres situés sur notre territoire, notamment le Théâtre de Carouge qui bénéficie depuis la fin de l’année dernière d’un nouvel écrin.
Cela étant, même si effectivement on vit bien à Carouge, il y a cependant beaucoup d’habitants qui doivent bénéficier de l’aide sociale.

– Mais les loyers sont pourtant chers…
– C’est vrai en ce qui concerne le Vieux-Carouge où les loyers ont augmenté ces dernières années, alors que dans les années 80, certains immeubles tombaient presque en ruine. Le centre-ville a effectivement connu un phénomène de gentrification. Mais ce n’est pas le cas pour l’ensemble du territoire. Dans les Tours de Carouge, par exemple, les loyers sont restés très abordables.

– L’important projet immobilier du PAV (Praille-Acacias-Vernets) risque-t-il de perturber l’équilibre de la commune?
– Le projet aura un impact très important sur la ville. Le gros enjeu réside dans le développement rapide que Carouge va connaître, car en plus du PAV, d’autres quartiers se développent. D’ici dix ans, la population devrait enregistrer quelque
10 000 habitants supplémentaires, ce qui implique obligatoirement la construction de nouvelles infrastructures parmi lesquelles des écoles, des crèches, des bibliothèques, des infrastructures sociales, ou encore des centres culturels. Il faudra aussi tenir compte des caractéristiques de cette nouvelle population. Le PAV comptera plus de logements sociaux que partout ailleurs dans le canton.
A Carouge, nous travaillons beaucoup sur la cohésion sociale et le bien-vivre entre les différents quartiers. Avec la Covid, certains jeunes ont manqué de perspectives d’avenir et l’on sent que la situation s’est tendue.

La maison du Dr Oppikofer, devenue le Musée de Carouge en 1984.

– Carouge a-t-elle les moyens de financer ces nouvelles infrastructures?
– Actuellement, Carouge possède l’une des fiscalité la plus basse des communes suburbaines. Une augmentation est donc possible, mais elle ne permettra pas de couvrir les investissements. Il faut emprunter et amortir. Carouge a toutefois la chance d’avoir beaucoup d’emplois et de banques sur son territoire, ce qui assure des rentrées fiscales. Nous essayons toujours d’attirer de nouvelles sociétés et avons engagé une déléguée à l’économie et aux entreprises.

– Vous évoquiez l’impact de la Covid-19 sur la population. Comment se porte l’économie?
– Elle semble avoir plutôt bien résisté. La majorité des commerces sont toujours là, même si nous avons constaté des rocades. Avec la pandémie, les gens ont malheureusement pris l’habitude de commander en ligne, mais il y a toujours l’envie de consommer local. Ces dernières années, nous avons vu l’ouverture d’épiceries, dont certaines vendent en vrac et c’est un succès. Le tournant écologique a vraiment été pris et la démarche zéro déchet est un succès auprès de la population.
Nous travaillons avec l’association Zero Waste Switzerland, dont le siège est à Carouge, dans le cadre du projet «Carouge Zéro Déchet», qui vise à faire de Carouge la première ville suisse Zéro Déchet. L’objectif est d’arriver à une baisse de 30% des déchets ménagers incinérés sur une période de trois ans. Pour cela, nous avons mis en place des ateliers traitant de différents thèmes, par exemple comment faire son shampoing ou sa pâte à tartiner, et lancé une campagne de communication. L’idée est de donner envie et pas de contraindre.
En parallèle, nous utilisons aussi, pour les manifestations communales, des verres consignés, ainsi que des assiettes et couverts réutilisables. Au marché, les sacs sont tous biodégradables.

– Les travaux pour étendre la zone piétonne ont débuté. Quels sont les autres projets?
– La zone piétonne va être étendue à l’ensemble de la rue Saint-Joseph dans le Vieux-Carouge. La fin des travaux est prévue pour le printemps. Le prochain projet porte sur la rénovation des parkings Vibert et Sardaigne, qui seront reliés, et sur l’aménagement en surface de cette zone. Nous avons également un projet d’agrandissement de la piscine de la Fontenette, avec un nouveau centre aquatique ouvert à l’année.

 

Propos recueillis par Andrew Schmidt

La Fête des maires, c’est toute l’année!

 

Première ville nouvelle d’Europe, construite en rivale catholique et festive de la Genève calviniste et rigoriste, Carouge garde son originalité, son sens latin de la convivialité et le témoignage de ce qu’aurait pu être cette Ville royale si le roi de Sardaigne et Duc de Savoie Victor-Amé n’avait pas manqué de finances avant de se heurter à la poussée des révolutionnaires français.

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